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21 juin 2017

FAQ - Best-of 1

_________________________________ QUESTION #1 _________________________________








_________________________________ QUESTION #2 _________________________________

 






_________________________________ QUESTION #3 _________________________________









_________________________________ QUESTION #4 _________________________________









_________________________________ QUESTION #5 _________________________________












_________________________________ QUESTION #6 _________________________________








_________________________________ QUESTION #7 _________________________________






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19 juin 2017

Souris, après tout, tu as réussi

« Si tu l’avais su plus tôt, tu n’aurais peut-être pas eu ton bac. »  

J’ai beaucoup réfléchi à cette affirmation. Je suis autiste et j’ai un bac. Ca peut paraître génial ! Mais ça ne l’est pas. Ca ne l’est pas parce que je n’ai pas pu aller plus loin. Ca ne l’est pas parce que jusqu’à aujourd’hui, il ne m’a pas servi. Ca ne l’est pas parce qu’est-ce que cela veut-il bien dire ? Que mon trouble m’aurait empêché de décrocher ce diplôme ?

C’est une manière facile (trop) de se réfugier derrière le trouble pour pointer du doigt ceux qui ne réussissent pas. Certains ne pourront jamais l’avoir, ce bac, et ce qu’ils soient autistes ou non. Parce que ce n’est pas utile pour eux, parce qu’ils n’en veulent pas, parce qu’ils ont d’autres troubles de l’apprentissage, parce qu’ils sont bien meilleurs dans des domaines que le bac n’effleure jamais.

C’est une manière facile (trop) de ne pas se bouger pour aider les jeunes en difficultés. « Ils sont autistes, c’est pour ça » sonne comme un « quoi qu’il arrive, ils ne peuvent pas réussir, c’est comme ça, ils ne sont bons à rien ». Pourquoi encadrer, pourquoi aider, pourquoi accompagner les personnes en difficultés quand il suffit de dire :

« Ils ne peuvent pas réussir, c’est comme ça. »



Quand on me dit que je n’aurais peut-être pas eu le bac si j’avais su plus tôt, on ajoute parfois que je me serais reposer dessus. Que je ne serais pas aller plus loin que le diagnostic. Pourquoi faire des efforts si je suis autiste, après tout ? En me disant ça, on me dit ouvertement que je me repose sur l’assistanat, qu’après tout, dès que j’ai l’excuse, je ne fais plus rien. C’est blessant et extrêmement rabaissant. Mais c’est pire que ça.

C’est penser que ma réussite tient à mon ignorance. Dans les faits, je ne savais pas. Je souffrais des autres, je souffrais des cours, je souffrais des contraintes abstraites et des « Pleure pas, je sais que tu simules ». Les professeurs qui me regardent de haut parce que je suis incapable de prendre la parole devant le reste de la classe, parce que je ne peux pas passer plus de dix minutes sans gribouiller sur mon cahier, parce que je me perds dans mes pensées, parce que je ne correspond pas à ce qu’ils attendent de moi. Ces professeurs qui se fichent bien si je suis épuisé, qui se fichent bien de mes difficultés. Et les autres, qui ne voient pas ou ne veulent pas voir.

Dans les faits, j’ai fait une dépression. Elle a véritablement commencé quand je suis entré en seconde. J’avais 14 ans. Dans les faits, elle est toujours là. Je n’en suis pas guéri, je vis avec. Depuis qu’elle s’est installé, elle s’ancre dans mes fondations. Je ne crois pas un jour en être libéré.

Dans les faits, mes résultats ont fait une chute libre. Dans les faits, j’ai ramé trois ans à la fac avant de m’avouer vaincu, épuisé par cet acharnement qui ne donnait rien. Dans les faits, j’ai essuyé des pluies de reproches parce que « Tu ne travailles pas assez, tu ne réussis pas, tu ne fais pas d’efforts ». Et moi qui me consumait, j’avais la sensation d’être fou, d’être un monstre, un poids pour l’humanité. Dans les faits, j’ai décoré mes cuisses de bleus, quand dans mes crises je ne pouvais plus me contenir. Je frappais, frappais, frappais. Je hurlais, pleurais, m’effrondais, jusqu’à ce que je m’endorme, trop épuisé pour faire autre chose. Dans les faits, j’ai morflé.  Dans les faits, putain, j’avais tellement envie de crever.


Mais ça, quelle importance ? J’ai eu mon bac. Je devrais être heureux. J’ai ce bout de papier dans un classeur bien rangé. Ce bout de papier qui me dit « Tu as réussi ! Enfin, un peu, parce qu’en vrai, je vaux rien, mais c’est génial non ? T’es autiste et tu m’as. »


Ouais. Et j’ai rien d’autre. J’ai rien d’autre et il me faudra des années avant d’avoir autre chose parce que je suis détruit, en morceau, je me ramasse à la petite cuillière depuis des années avant de craquer et d’écraser les bouts de moi déjà si petits.

Il y a des jours où j’ai encore envie de mourir.


Mais quelle importance, j’ai réussi mon bac. Alors que j’avais besoin d’aide, j’avais besoin de souffler, besoin de respirer, besoin de me connaître et d’être reconnu. Qu’est-ce que le diagnostic et l'accompagnement quand j’ai pu apprendre à la dure ? Je n’existe pas aujourd’hui, je suis juste une vague coquille, pas bien convaincu de connaitre quoi que ce soit de moi. J’ai passé ma vie à chercher et j’ai su. A la dernière minute. Quand l’appel du vide se faisait le plus fort.


J’ai l’impression que le destin se fout de moi. Tiens, une clé pour te sauver au moment où tu allais te laisser partir. Au moment même où tu allais abandonner. A la dernière minute, à la dernière seconde. Et au nom de quoi ai-je dû souffrir autant avant d’y avoir droit ? Pourquoi n’ai-je pas pu le savoir avant, pourquoi rien n’a été fait AVANT PUTAIN ?


Pour un bac, un bout de papier.


Mais allez, Jo, ne pleure pas, ne pleure plus, tu l’as eu non ? Et n’est-ce pas tout ce qui compte ? 








Qu'est-ce que le bac à côté de ma santé ?